Beaucoup de personnes pensent que l’estime de soi se construit uniquement par les réussites : de bonnes notes, un bon poste, des félicitations. Or les recherches montrent une réalité plus nuancée et souvent plus rassurante.
Les travaux sur la théorie de l’attachement, initiés par John Bowlby puis développés par Mary Ainsworth, montrent que l’estime de soi se construit d’abord dans la qualité des relations précoces, bien avant les performances. Un enfant qui grandit avec une figure d’attachement disponible et fiable développe un sentiment de sécurité intérieure , la conviction implicite que « je mérite d’être aimé(e), indépendamment de ce que je produis ».
À l’inverse, lorsque l’affection reçue dans l’enfance était conditionnée à la performance, à l’obéissance, ou imprévisible, l’enfant peut développer une estime de soi dite « contingente » : sa valeur devient dépendante de facteurs extérieurs (les résultats, l’approbation des autres). Ce mécanisme, très documenté chez les adultes perfectionnistes, explique pourquoi certaines personnes très compétentes continuent de douter profondément d’elles-mêmes malgré des succès objectifs.
Ce constat n’est pas une fatalité : les neurosciences de l’attachement montrent que le cerveau reste plastique à l’âge adulte, et que des relations réparatrices peuvent progressivement modifier ces schémas.
Certaines approches intégrant la dimension développementale à la TCC, comme la thérapie des schémas de Jeffrey Young, permettent d’identifier des schémas précoces inadaptés , par exemple le schéma d’exigences élevées (« je dois être parfait pour avoir de la valeur ») ou le schéma de carence affective (« mes besoins ne comptent pas »). Ces schémas, une fois identifiés, deviennent modifiables : on ne « guérit » pas l’enfance, mais on peut changer la façon dont ces expériences continuent d’influencer le présent.
Pour mieux avancer
- Repérer la conditionnalité : demandez-vous « est-ce que je me sens digne quand je ne réussis pas, ou seulement quand je performe ? »
- Identifier le message reçu enfant : quelle phrase ou attitude revient dans vos souvenirs sur ce qu’il fallait faire pour « mériter » l’attention ou l’affection ?
- Pratiquer l’auto-validation : féliciter ses efforts et non uniquement ses résultats, pour progressivement dissocier valeur personnelle et performance.
- Un accompagnement thérapeutique est particulièrement pertinent lorsque ces schémas datent de l’enfance : ils sont profondément ancrés et se transforment plus efficacement avec un regard extérieur formé.
Notre estime de soi actuelle raconte souvent une histoire bien plus ancienne que la situation présente et c’est justement ce qui la rend transformable une fois comprise.
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