Qu’est-ce que l’estime de soi, vraiment ? (et en quoi ce n’est pas la confiance en soi)

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«Il faut que je travaille ma confiance en soi » ,c’est l’une des phrases que j’entends le plus souvent en consultation. Mais bien souvent, ce dont parlent réellement mes patient(e)s, c’est de leur estime de soi. Ces deux notions sont proches, mais elles ne se travaillent pas de la même façon , et cette confusion mène parfois à chercher la solution au mauvais endroit.

Le psychiatre Christophe André, référence en la matière, distingue trois piliers complémentaires : l’estime de soi (la valeur que je m’accorde globalement, en tant que personne), la confiance en soi (ma capacité perçue à réussir une action précise) et l’affirmation de soi (ma capacité à exprimer mes opinions, besoins et limites face aux autres).

On peut ainsi avoir une grande confiance en soi dans son métier, et pourtant une estime de soi fragile dans sa vie personnelle , ou l’inverse. C’est pourquoi « prendre confiance » en enchaînant des réussites professionnelles ne suffit pas toujours à réparer une estime de soi abîmée : ce ne sont pas les mêmes fondations.

Sur le plan psychologique, l’estime de soi repose sur trois composantes : le sentiment d’être aimable (digne d’affection), le sentiment d’être compétent, et le sentiment de contrôle sur sa vie. Une fragilité dans l’une de ces dimensions suffit à déstabiliser l’ensemble.

En thérapie cognitivo-comportementale, l’estime de soi est abordée comme un ensemble de croyances centrales sur soi-même (« je ne vaux rien », « je ne suis pas assez bien »), souvent installées depuis l’enfance ou l’adolescence, et qui filtrent ensuite toutes nos expériences : on retient davantage ce qui confirme la croyance négative, et on minimise ce qui la contredit — un biais cognitif bien documenté appelé le biais de confirmation.

Le travail thérapeutique ne consiste donc pas à « se convaincre » qu’on est formidable, mais à identifier ces croyances centrales, à les questionner factuellement, et à réintégrer progressivement les expériences qui les contredisent.

Des petits outils qui peuvent aider:

  • Distinguer les trois piliers : demandez-vous, pour une situation donnée, si c’est votre confiance (compétence perçue), votre estime (valeur globale) ou votre affirmation (expression de vos besoins) qui est en jeu.
  • Identifier sa croyance centrale : complétez la phrase « au fond, je crois que je suis… » et observez ce qui vient spontanément.
  • Tenir un journal des preuves contraires : noter chaque jour un fait, même petit, qui contredit la croyance négative.
  • Un accompagnement thérapeutique est particulièrement utile lorsque ces croyances sont anciennes et profondément ancrées : elles se travaillent rarement seul(e) efficacement.

L’estime de soi ne se « booste » pas en un week-end : c’est un travail patient de reconstruction, mais un travail extrêmement solide dans la durée.


Sources

  • André, C., & Lelord, F. (1999). L’estime de soi : s’aimer pour mieux vivre avec les autres. Odile Jacob.
  • Rosenberg, M. (1965). Society and the Adolescent Self-Image. Princeton University Press.
  • Beck, A. T. (1976). Cognitive Therapy and the Emotional Disorders. International Universities Press.

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